{"id":40647,"date":"2023-08-30T11:51:49","date_gmt":"2023-08-30T09:51:49","guid":{"rendered":"https:\/\/fairtransport.eu\/?post_type=blog&#038;p=40647"},"modified":"2023-08-31T09:52:09","modified_gmt":"2023-08-31T07:52:09","slug":"une-prime-sans-mutinerie-la-cuisiniere-giulia-baccosi","status":"publish","type":"blog","link":"https:\/\/fairtransport.eu\/fr\/blog\/a-bounty-without-mutiny-cook-giulia-baccosi\/","title":{"rendered":"Une prime, sans mutinerie (Cuisine Giulia Baccosi)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-weight: 400;\">Vous \u00eates-vous d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 o\u00f9 vont les marins lorsqu\u2019ils prennent leur retraite ? Que font-ils? Laissez-moi vous raconter une histoire\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il y a peu, alors que nous \u00e9tions en route vers le Pays Basque, la m\u00e9t\u00e9o a d\u00e9cid\u00e9 que le navire devait faire escale en Bretagne. Un petit arr\u00eat impr\u00e9vu \u00e0 Douarnenez s&#039;imposait alors : moins de 24 heures pour un changement d&#039;\u00e9quipage presque complet, une lessive et une pinte (ou deux) de cidre au bar pour laver la fatigue de trois d\u00e9pressions qui mettaient \u00e0 l&#039;\u00e9preuve l&#039;\u00e9quipage. \u00e9quipage depuis les Pays-Bas. Et l&#039;approvisionnement aussi !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous manquions de temps et je devais donc \u00eatre efficace, mais je savais exactement qui appeler. Je compose un num\u00e9ro sur mon t\u00e9l\u00e9phone alors que nous virons de bord et approchons de la terre pour \u00e9tablir une connexion. Sur l&#039;\u00e9cran, je lis \u00ab R\u00e9mi et Lis \u00bb. Un sourire s&#039;est dessin\u00e9 sur mon visage. Une cascade de souvenirs me vient \u00e0 l\u2019esprit pendant que j\u2019attends que l\u2019on r\u00e9ponde \u00e0 l\u2019appel\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Retour en 2016. C&#039;est No\u00ebl \u00e0 La Palma, aux \u00eeles Canaries. Je suis en train de trouver un bateau en auto-stop pour rejoindre l&#039;Am\u00e9rique du Sud quand, par une heureuse s\u00e9rie de rencontres et de \u00ab co\u00efncidences \u00bb, je me retrouve pour la premi\u00e8re fois debout, bouche b\u00e9e et yeux p\u00e9tillants, devant le brigantin sans moteur Tres Hombres, un voilier cargo \u00e0 destination des Cara\u00efbes. Je suis invit\u00e9 sur le pont, o\u00f9 je rencontre l&#039;\u00e9quipage : le capitaine Andreas, le compagnon Shimra, Deckie Hilde, le cuisinier Giuseppe\u2026 Remi, second et Lis, une stagiaire am\u00e9ricaine, entre autres. Nous finissons par passer quelques jours ensemble sur l&#039;\u00eele et c\u00e9l\u00e9brons le d\u00eener de No\u00ebl sur le bateau. J&#039;ai \u00e9pluch\u00e9 les pommes de terre dans la cuisine pour ce repas, pensant que j&#039;aurais ador\u00e9 embarquer avec elles le lendemain. Je savais que cela n\u2019arriverait pas, et m\u00eame la possibilit\u00e9 future que cela se produise me semblait tr\u00e8s, tr\u00e8s lointaine.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Retour sur 2018. Nous sommes en septembre, je suis dans le sud de la France, je fais une pause apr\u00e8s une saison de car\u00e9nage de Tres Hombres au chantier naval de Den Helder, o\u00f9 je me suis engag\u00e9 en tant que b\u00e9n\u00e9vole et o\u00f9 j&#039;ai finalement trouv\u00e9 un emploi de cuisinier. Une nuit, j&#039;ai re\u00e7u un message. C&#039;est de R\u00e9mi, le capitaine du prochain voyage hivernal. Je n&#039;ai pas vu ce gars depuis plus de 2 ans. Il me propose de rejoindre le voyage en tant que cuisinier du navire, \u00ab si je suis pr\u00eat \u00e0 relever le d\u00e9fi \u00bb. Mes mains tremblent pendant que je lis et relis le message. Je n&#039;ai jamais cuisin\u00e9 sur un navire, mis de c\u00f4t\u00e9 ces pommes de terre pel\u00e9es, dans le port. Mais je NE PEUX PAS dire non, m\u00eame si j&#039;ai peur comme F. Je me dis \u00ab Attention \u00e0 ce que tu demandes \u00e0 l&#039;Univers, bon sang ! Vous pourriez bien l\u2019avoir ! Je dis oui. En lisant la liste de l&#039;\u00e9quipage pour le voyage, je vois le nom de Lis appara\u00eetre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mot matelot. Nous partons quelques semaines plus tard pour un voyage transatlantique de 9 mois ensemble. 8 d&#039;entre nous qui quittons les Pays-Bas en octobre seront toujours \u00e0 bord en juillet lorsque nous naviguons vers Amsterdam. Ce sera le premier voyage complet de R\u00e9mi en Atlantique en tant que capitaine. Il a commenc\u00e9 comme stagiaire en 2015. Et le troisi\u00e8me cons\u00e9cutif pour Lis, qui remplacera \u00e0 partir de Colombie notre ma\u00eetre d&#039;\u00e9quipage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Retour en 2019. C&#039;est \u00e0 nouveau l&#039;\u00e9t\u00e9, presque un an apr\u00e8s ce message. Nous naviguons sur la bonne vieille Black Lady, rentrant chez nous apr\u00e8s un tr\u00e8s long voyage \u00e9pique autour de l&#039;Atlantique. Je m&#039;assois avec R\u00e9mi et Lis, qui forment d\u00e9sormais un couple, dans la salle des cartes. Nous parlons de leurs projets pour notre retour. Ils avouent nourrir le r\u00eave d\u2019acheter un terrain, de construire une yourte et de cultiver des l\u00e9gumes. Nous plaisantons en disant qu\u2019ils deviendront un jour nos fournisseurs de produits frais. Nous rions. Cela me semble tellement exotique et trop surr\u00e9aliste d&#039;imaginer mon capitaine et mon ma\u00eetre d&#039;\u00e9quipage, si comp\u00e9tents en mer dans tout ce qu&#039;ils font, si amoureux de leur travail et du navire, si tr\u00e8s engag\u00e9s dans la mission et la philosophie de l&#039;entreprise. , \u00eatre agriculteurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">&quot;H\u00e9 Giulia!&quot; La voix de Lis r\u00e9pond \u00e0 l&#039;autre bout du fil, me ramenant au pr\u00e9sent. \u00ab Ciao Lis ! Surprise surprise, nous naviguons vers Douarnenez, ETA environ 48h. Je serai bref : le jour est venu ma ch\u00e9rie. Voulez-vous \u00eatre nos fournisseurs de produits frais ? Nous rions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Quelques jours apr\u00e8s l&#039;escale, nous sommes enfin au mouillage dans la baie de Douarnenez. Je suis excit\u00e9e, comme une petite fille la veille de No\u00ebl qui attend le P\u00e8re No\u00ebl, pendant que j&#039;attends l&#039;arriv\u00e9e de mes amis, de mon ancien \u00e9quipage et de nos fournisseurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Et puis, les voici. Je les vois s&#039;approcher du navire \u00e0 bord du canot. C&#039;est une vision famili\u00e8re, combien de fois au cours de ces 9 mois je les ai vus sur le canot revenir au navire ? Mais cette fois, c&#039;est diff\u00e9rent. Ils transportent une cargaison de l\u00e9gumes biologiques de la plus haute qualit\u00e9. Le tout fruit de leur travail acharn\u00e9, venant d\u2019un terrain situ\u00e9 \u00e0 une heure de route.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous les accueillons \u00e0 bord, ainsi que leurs b\u00e9b\u00e9s du jardin, avec beaucoup d\u2019enthousiasme. Une caisse apr\u00e8s l&#039;autre trouve sa place sur le pont. Livraison effectu\u00e9e. Un regard autour de moi et je vois une vraie prime sur le navire. Quelle joie pour tous les marins \u00e0 bord ! Les couleurs vives et les odeurs intenses de l&#039;\u00e9t\u00e9 frappent soudain nos sens : tomates cerises orange et rubis, herbes vertes fra\u00eeches, blettes arc-en-ciel, carottes mauves, haricots violets, charlottes roses, belles courgettes courb\u00e9es, chou fris\u00e9 flamboyant, concombres, \u0153ufs\u2026 et plus, vous l&#039;appelez\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je saute dans leurs bras. Tu l&#039;as fait! Vous, avec la Terre, le Soleil et la Pluie, avez cr\u00e9\u00e9 tout cela\u00a0! Je les regarde avec admiration. Ils regardent aussi autour d&#039;eux, la lumi\u00e8re qui sort de leurs yeux \u00e9clate de joie, et une pinc\u00e9e de fiert\u00e9, mais ils sont trop humbles pour le montrer ou \u00e9voquer leur satisfaction. Ils ont l&#039;air plus \u00e2g\u00e9s, plus sages et en meilleure sant\u00e9 que la derni\u00e8re fois que je les ai serr\u00e9s dans mes bras sur le pont du navire, de retour \u00e0 Amsterdam en juillet 2019, au moment d&#039;adieux tr\u00e8s \u00e9mouvants apr\u00e8s une incroyable aventure partag\u00e9e, un long voyage \u00e0 travers les oc\u00e9ans et la complexit\u00e9 des interactions humaines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ils m&#039;aident \u00e0 faire les missions d&#039;approvisionnement les plus mouvement\u00e9es ce jour-l\u00e0 et lorsqu&#039;ils repartent l&#039;apr\u00e8s-midi, pour retrouver le calme de leur ferme, je sais que m\u00eame si la nostalgie a pu visiter leur c\u0153ur ils y dormiront sans regrets, et m\u00eame si leur amour pour le navire est toujours tr\u00e8s tangible, ils ont trouv\u00e9 une nouvelle fa\u00e7on de la servir qui les rend plus heureux et qui reste importante : nourrir leurs camarades marins tout en profitant d&#039;une vie \u00e0 faible impact et en harmonie avec la Nature.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Et voil\u00e0, je vois enfin le fil. La connexion est ininterrompue. Le continuum v\u00e9ridique d\u2019un cargo sans moteur qui se transforme en agriculteur bio. L\u2019agriculteur et le marin partagent bien plus que ce que l\u2019on pourrait imaginer ou attendre au premier coup d\u2019\u0153il. Ce sont tous deux des choix de vie et non des carri\u00e8res professionnelles. Ce n&#039;est pas du travail de 9h \u00e0 17h, du lundi au vendredi. Ils travaillent tous les deux 24 heures sur 24 pendant certaines saisons et ne trouvent un peu de repos que lorsque la r\u00e9colte est termin\u00e9e et que le navire est de retour \u00e0 la maison, histoire de tout recommencer en sachant tr\u00e8s bien que chaque ann\u00e9e, chaque voyage sera toujours le m\u00eame. Ils r\u00e9pondent tous deux avant tout aux \u00c9l\u00e9ments, la M\u00e9t\u00e9o est leur Ma\u00eetre, plus que n&#039;importe quel march\u00e9 ou loi humaine. Cela les rend tr\u00e8s humbles. Ils savent tous les deux que peu importe leur qualit\u00e9 de travail et leurs efforts, ils n\u2019ont pas le contr\u00f4le. Ils portent tous deux sur les mains de profondes traces de leur travail. Le soleil sculpte leur peau, le vent les ponce. Et ils ont le dos bris\u00e9. Ils seront tous les deux fiers de chaque petite cicatrice, ride et signe que vous trouverez sur leur corps.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il y a de la paix dans le Grand Bleu apais\u00e9 autant que dans les chants des oiseaux au cr\u00e9puscule dans les arbres. Il y a autant de d\u00e9fis \u00e0 relever en mer qu\u2019en jardinant un terrain. Il y a de la joie, autant que de la peur et du courage. Parce que lorsque l\u2019on vit dans un monde r\u00e9gi par le profit, le capitalisme et l\u2019exploitation, choisir le Wild est un acte de r\u00e9sistance et de r\u00e9silience des plus puissants. Il est donc tout \u00e0 fait logique qu&#039;une fois qu&#039;un marin est pr\u00eat \u00e0 prendre sa retraite, il parte \u00e0 la recherche d&#039;un lopin de terre isol\u00e9, construise une maison simple et commence \u00e0 y semer des graines. B\u00e9nis-les !<\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Have you ever asked yourself where do sailors go when they retire from the sea? What do they do? Let me tell you a story\u2026 A little while ago, while on our way to the Basque Country, the weather decided the ship had to stop in Brittany. 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