{"id":35920,"date":"2020-05-15T20:06:13","date_gmt":"2020-05-15T18:06:13","guid":{"rendered":"https:\/\/fairtransport.eu\/blog\/between-6-months-and-a-lifetime-by-soraia-costa\/"},"modified":"2022-09-23T14:48:38","modified_gmt":"2022-09-23T12:48:38","slug":"entre-6-mois-et-toute-une-vie-par-soraia-costa","status":"publish","type":"blog","link":"https:\/\/fairtransport.eu\/fr\/blog\/between-6-months-and-a-lifetime-by-soraia-costa\/","title":{"rendered":"Entre 6 mois et toute une vie <br>(par Sora\u00efa Costa)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous voici donc de retour \u00e0 Amsterdam, avec une soute vide, en train de pr\u00e9parer le prochain voyage. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Six mois se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que nous avons quitt\u00e9 Den Helder pour la premi\u00e8re fois en cette journ\u00e9e grise de novembre. Je me souviens encore du bruit r\u00e9gulier du remorqueur, comme une horloge effr\u00e9n\u00e9e qui nous pr\u00e9cipite. Bient\u00f4t, l\u2019heure n\u2019aurait plus beaucoup d\u2019importance, mais nous ne le savions pas encore. Apr\u00e8s 3 mois de car\u00e9nage, une coque parfaitement noire et un tout nouveau gr\u00e9ement, il \u00e9tait d\u00e9finitivement pr\u00eat \u00e0 partir, et nous aussi. Mais nous avions toujours besoin de notre drapeau, et de cette soupe aux haricots et Jeroen avait encore quelques th\u00e9s et \u00e9pices \u00e0 nous offrir, et des charmantes personnes debout sur le quai, nous avions encore des herbes, des pommes de terre, des citrouilles et tant de bons vents \u00e0 recevoir. . Je me souviens avoir \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par toutes sortes d\u2019\u00e9motions inattendues et ne pas avoir eu une seconde pour les traiter. Les derni\u00e8res accolades furent partag\u00e9es tandis que les amarres \u00e9taient largu\u00e9es. Alors qu&#039;elle s&#039;\u00e9loignait lentement de la jet\u00e9e et que les accolades n&#039;\u00e9taient plus possibles, vinrent les poign\u00e9es de main et finalement, seuls les mots et les sourires purent relier les deux mondes. Il y avait une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re autour de ce moment ; s\u00e9rieux mais pas lourd. Et alors que nous disparaissions au coin de la rue, mettant d\u00e9j\u00e0 les voiles, nous ne savions pas \u00e0 quoi nous attendre. Puis est arriv\u00e9e la mer du Nord et la rencontre avec ces 19 personnes avec qui nous allions partager une partie de cette aventure.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous avions un tout nouveau monde \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 ma\u00eetriser. Les noms des cordes et leurs fonctions, la logistique des man\u0153uvres, l&#039;escalade, le pilotage, m\u00eame la simple marche sur un pont mobile ou le sommeil sur une couchette roulante sont une comp\u00e9tence qui demande de la pratique. Chacun de nous a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite confront\u00e9 \u00e0 ses propres combats. Mal de mer pour certains, pieds mouill\u00e9s et gel\u00e9s pour la plupart, fatigue, manque de sommeil, sentiment g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9passement, etc., ce fut un d\u00e9but difficile, surtout pour ceux qui naviguaient pour la premi\u00e8re fois !<\/span><\/p>\n<p>Puis la Biscaye est arriv\u00e9e et j&#039;ai r\u00e9alis\u00e9 que nous sommes plus humains lorsque l&#039;on nous rappelle nos vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Une soupe chaude pr\u00e9par\u00e9e par un stagiaire alors que j&#039;\u00e9tais trop malade pour travailler, une tape sur l&#039;\u00e9paule lorsque je me penchais sur la rambarde, un regard compr\u00e9hensif qui vaut mille mots, le travail acharn\u00e9 des marins exp\u00e9riment\u00e9s \u00e0 bord, permettant aux autres de se remettre sur pied\u2026 tout cela \u00e9tait de v\u00e9ritables expressions d\u2019amour que je n\u2019oublierai jamais.<\/p>\n<p>Il m\u2019a fallu du temps pour devenir ami avec la gal\u00e8re roulante. Elle ne c\u00e9derait pas si facilement, mais j&#039;ai tendance \u00e0 craquer pour les esprits indomptables. J&#039;ai d\u00fb d\u00e9couvrir \u00e0 mes d\u00e9pens comment me tenir debout et maintenir ma position. Les pieds ne suffisaient plus puisqu&#039;il fallait 3 points d&#039;\u00e9quilibre ; donc les fesses, les hanches, les genoux et le dos ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution. La mise en place est devenue obsol\u00e8te. De toute fa\u00e7on, tous les bols contenant des l\u00e9gumes pr\u00e9par\u00e9s s\u2019envoleraient avec la premi\u00e8re vague.<br \/>\nVous devez hacher au fur et \u00e0 mesure. Les coudes, les poignets et m\u00eame l\u2019auriculaire sont pleinement sollicit\u00e9s au quotidien pour que tout reste en place. Vos sens deviennent attentifs \u00e0 tous les sons et mouvements, mais faites attention \u00e0 ne pas devenir fous avec la symphonie constante de casseroles et de po\u00eales frappant les murs. On apprend assez vite que si on navigue \u00e0 pleine capacit\u00e9, il ne faut pas faire de lasagnes ; toute la couche sup\u00e9rieure glissera hors du plateau et br\u00fblera au fond de votre four. Vous apprenez que pr\u00e9parer des p\u00e2tes lors d&#039;une longue journ\u00e9e de navigation am\u00e9liore consid\u00e9rablement l&#039;ambiance, mais vous aurez besoin de toutes vos pri\u00e8res pour filtrer cette eau bouillante en toute s\u00e9curit\u00e9.<br \/>\nVous d\u00e9couvrez les sp\u00e9cificit\u00e9s de chacun ; le degr\u00e9 de remplissage du bol pour chacun, qui aime les \u0153ufs coulants ou durs ou qui pr\u00e9f\u00e8re les fourchettes aux cuill\u00e8res.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Peu de temps apr\u00e8s, nous \u00e9tions \u00e0 Baiona, roulant des tonneaux vides \u00e0 la main sur le quai et faisant la f\u00eate avec mes parents \u00e0 bord et avec un nouveau capitaine, nous nous sommes dirig\u00e9s vers le sud en direction de La Palma. Certains disaient que la navigation serait d\u00e9sormais plus fluide, mais la mer fait ce qu&#039;elle veut. Le ciel \u00e9toil\u00e9 fiable \u00e9tait toujours l\u00e0, me rappelant la permanence alors qu&#039;\u00e0 l&#039;ext\u00e9rieur et \u00e0 l&#039;int\u00e9rieur tout tremblait. Je ne le savais pas \u00e0 l&#039;\u00e9poque, mais ce serait la derni\u00e8re fois que je me demanderais : puis-je r\u00e9ellement faire \u00e7a ? Car ensuite est arriv\u00e9e la travers\u00e9e de l\u2019Atlantique et une histoire d\u2019amour est n\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p>Nous allions rester trois semaines et demie en mer et, avec 70 kg de bananes et 30 kg d&#039;avocats en soute, nous allions certainement nous en sortir. Nous avons vis\u00e9 le sud jusqu&#039;\u00e0 ce que le beurre commence \u00e0 fondre, puis avons fait du stop avec les bons vieux aliz\u00e9s jusqu&#039;\u00e0 l&#039;ouest.<br \/>\nLa navigation au portant, le ciel bleu et le soleil ont compl\u00e8tement chang\u00e9 l&#039;humeur de l&#039;\u00e9quipage. Il \u00e9tait temps de commencer \u00e0 vivre et \u00e0 profiter de la vie \u00e0 bord. Nous avons enfin pu s\u00e9cher tous nos v\u00eatements humides et prendre des douches sur le pont. Les guitares ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es et les chansons ont \u00e9t\u00e9 chant\u00e9es et r\u00e9\u00e9crites. Sans grande manipulation des voiles \u00e0 faire, les journ\u00e9es \u00e9taient consacr\u00e9es aux travaux de maintenance. Goudronnage, grippage, pon\u00e7age, huilage, peinture, mise sous tension, tangage, d\u00e9rouillage, \u00e9pissure, couture\u00a0; tout cela doit \u00eatre fait r\u00e9guli\u00e8rement. Garder un tel navire en forme demande beaucoup de travail.<\/p>\n<p>Dans la cuisine, la vie \u00e9tait cependant beaucoup plus facile. Si en fait la vie \u00e9tait belle ! Je me sentais de plus en plus synchronis\u00e9e avec tout, mon corps avait accept\u00e9 les horaires quotidiens, les sons, les mouvements. Et \u00e0 mesure que chaque repas \u00e9tait servi, je me sentais plus en confiance et bient\u00f4t, cuisiner pour toute l&#039;\u00e9quipe ne serait plus diff\u00e9rent de cuisiner pour moi \u00e0 la maison. Les journ\u00e9es \u00e0 bord \u00e9taient simples. Toutes les actions \u00e9taient concr\u00e8tes et n\u00e9cessaires \u00e0 la vie ; cuisine, m\u00e9nage, r\u00e9paration, navigation. Et il \u00e9tait toujours temps. Il est \u00e9poustouflant de voir combien d\u2019espace il reste quand on n\u2019est pas constamment bombard\u00e9 d\u2019absurdit\u00e9s abstraites. J&#039;\u00e9tais heureux. Je me sentais en paix avec ma place dans le monde, du moins dans ce monde flottant. Je me souviens d&#039;\u00eatre allong\u00e9 sur le pont une nuit, sous le ciel le plus brillant, regardant les voiles, la lune et V\u00e9nus qui brillaient au-dessus d&#039;elles. Je ne savais pas si je devais me sentir grand ou petit. Mais j\u2019ai alors compris qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9chelle pour de tels sentiments de signification.<\/p>\n<p>Un jour, alors que le vent ne soufflait pas, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de mettre l&#039;annexe par-dessus bord et de faire quelques tours autour du navire pour prendre quelques photos. C&#039;est le jour o\u00f9 nous nous en sommes vraiment rendu compte : nous traversons r\u00e9ellement l&#039;Atlantique sur un bateau pirate. Et tout comme aller dans l\u2019espace et regarder la Terre, nous la regardions tous de loin avec admiration et r\u00e9v\u00e9rence. Elle \u00e9tait tout ce que nous avions et le seul endroit o\u00f9 nous \u00e9tions en s\u00e9curit\u00e9 dans un rayon de centaines, voire de milliers de kilom\u00e8tres. Ce jour-l\u00e0, nous sommes tous revenus \u00e0 bord avec un sens renouvel\u00e9 d\u2019attention et de responsabilit\u00e9, et je me suis demand\u00e9 comment serait le monde si davantage de personnes pouvaient sortir de leur vie et jeter un regard diff\u00e9rent.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Quoi qu&#039;il en soit, les Cara\u00efbes se rapprochaient et, m\u00eame si je ne voulais pas que la travers\u00e9e se termine, nous allions enfin manger autre chose que de la citrouille et des bananes et j&#039;\u00e9tais aussi curieux de savoir ce que l&#039;Occident allait nous apporter. La Barbade \u00e9tait notre premier arr\u00eat. Nous avons jet\u00e9 une de nos ancres dans la baie de Bridgetown et lorsqu&#039;elle a touch\u00e9 terre, notre capitaine a cri\u00e9 : \u00ab Bienvenue dans les Cara\u00efbes \u00bb et nous avons tous applaudi, imaginant d\u00e9j\u00e0 tous les plaisirs terrestres dont nous allions nous r\u00e9galer ! Mais il nous faudra encore 6 heures de travail d&#039;\u00e9quipe acharn\u00e9 pour enfin pouvoir atteindre la terre ferme car nous nous rendons vite compte que l&#039;ancre ne tient pas !<br \/>\nAvec des grains \u00e0 l&#039;horizon et d&#039;autres bateaux tout autour de nous, nous avons d\u00fb \u00eatre rapides et lever l&#039;ancre pour pouvoir nous \u00e9loigner de la baie et r\u00e9essayer. Mais sur un navire traditionnel comme le n\u00f4tre, sans moteur ni technologie moderne, lever l&#039;ancre signifie que tout l&#039;\u00e9quipage transpire \u00e0 tour de r\u00f4le sous le soleil en tirant comme un fou. Apr\u00e8s deux heures, nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 r\u00e9essayer. Nous avons choisi un autre endroit, l\u00e2ch\u00e9 l&#039;ancre, crois\u00e9 les doigts et attendu en silence\u2026 bon sang, \u00e7a ne tenait plus ! Nous avons l\u00e2ch\u00e9 quelques cha\u00eenes suppl\u00e9mentaires, rien n&#039;a chang\u00e9. Nous jetons notre deuxi\u00e8me ancre et ne tenons toujours pas. Nous avions d\u00e9sormais deux ancres \u00e0 remonter\u00a0! Pr\u00e9parez les bouteilles d&#039;eau, nous allions tirer sans arr\u00eat pendant encore une heure ou plus. Cette fois-ci, c&#039;\u00e9tait la derni\u00e8re fois que nous essayions de mouiller, car l&#039;\u00e9quipage \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 et regardait fixement apr\u00e8s 6 heures de traction, de virement de bord, d&#039;empannage et de course pour hisser et arroser les voiles. Nous nous approchons \u00e0 nouveau de la baie, le capitaine crie \u00ab Tres Hombres l\u00e2chez prise ! \u00bb et pour la troisi\u00e8me fois, on entend l&#039;ancre tomber. Avec quatre cha\u00eenes et demie, elle tenait d\u00e9finitivement cette fois-ci !<\/span><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, une autre vie \u00e0 bord commence. Le temps pass\u00e9 sur terre est devenu plus long que le temps pass\u00e9 en mer, ce qui a eu ses c\u00f4t\u00e9s positifs et n\u00e9gatifs. Nous pouvions nous reposer de la discipline et de la concentration n\u00e9cessaires en mer, mais nous \u00e9tions \u00e9galement vuln\u00e9rables \u00e0 toutes les distractions terrestres, aux bureaucraties et au stress. Mais nous avions un travail \u00e0 faire et nous avons donc commenc\u00e9 \u00e0 parcourir les \u00eeles pour r\u00e9cup\u00e9rer la bonne cargaison. En Martinique, nous avons eu un groupe de personnes qui traversaient la baie \u00e0 la nage avec des tonneaux de rhum pleins. Nous avons rencontr\u00e9 le Gallant et nous sommes amarr\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour un barbecue m\u00e9morable \u00e0 bord. Nous avons pu \u00e0 nouveau go\u00fbter aux croissants et baguettes fran\u00e7ais et j&#039;ai d\u00e9couvert la magie du punch au rhum.<\/p>\n<p>\u00c0 Grenade, nous avons parcouru les march\u00e9s aux \u00e9pices, saut\u00e9 dans des cascades et avec d&#039;autres \u00e2mes s\u0153urs. Nous avons \u00e9galement d\u00e9couvert la musique soca et un peu plus de punch au rhum. Arriver en Colombie signifiait que tout le monde \u00e9tait sur le pont et qu\u2019il fallait survivre \u00e0 une temp\u00eate pendant une nuit compl\u00e8te. Mais ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, dit-on. En R\u00e9publique dominicaine, j&#039;ai appris \u00e0 n\u00e9gocier les prix, \u00e0 marchander et \u00e0 me frayer un chemin \u00e0 travers les syst\u00e8mes anarchiques. Il est cependant ind\u00e9niable que des probl\u00e8mes existent ici et ailleurs. Mais ces probl\u00e8mes, comme la corruption par exemple, d\u00e9coulent d\u2019un profond sentiment d\u2019injustice et, tant qu\u2019il y aura des disparit\u00e9s sociales et \u00e9conomiques dans le monde, je pense que cela ne manquera pas de se produire. Investir dans ces pays, aider leurs \u00e9conomies internes et leurs petites entreprises, construire des ponts et des connexions, plut\u00f4t que de simplement les exploiter pour leur belle nature, est, \u00e0 mon avis, un bon d\u00e9but. Et c\u2019est ce que nous faisons, \u00e0 tr\u00e8s petite \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Un de mes amis disait parfois que la lumi\u00e8re la plus brillante projette les ombres les plus sombres. J&#039;ai d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette expression lorsque j&#039;\u00e9tais en R\u00e9publique Dominicaine car l\u00e0-bas, j&#039;ai aussi vu le meilleur des gens. J&#039;ai \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 par de nombreux inconnus et j&#039;ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de beaux et rares gestes de confiance et de solidarit\u00e9 qui m&#039;ont beaucoup marqu\u00e9. Il a fallu toute la journ\u00e9e pour charger notre derni\u00e8re cargaison. Je ne pouvais pas croire qu&#039;il rentrerait un jour quand je l&#039;ai vu pr\u00e8s du quai, mais c&#039;est juste le cas. Nous y entendrions pour la premi\u00e8re fois parler de l\u2019extension des effets du coronavirus, de la fermeture des fronti\u00e8res et des mesures de quarantaine.<br \/>\nNous ne pouvions pas rester plus longtemps au port mais nous ne savions pas non plus vers o\u00f9 naviguer puisque les A\u00e7ores fermaient leurs fronti\u00e8res ainsi que le reste de l&#039;Europe. Mais un navire est fait pour naviguer et une fois le chargement termin\u00e9, nous perdions notre utilit\u00e9 sur terre. Nous avons donc appareill\u00e9 un mardi matin avec un magasin sec rempli de vivres cens\u00e9s durer 6 semaines, direction incertaine.<\/p>\n<p>Mais le retour allait \u00eatre une histoire d\u2019amour tr\u00e8s diff\u00e9rente. Les aliz\u00e9s n&#039;allaient pas \u00eatre l\u00e0 pour nous pousser doucement par l&#039;arri\u00e8re. Au lieu de cela, nous devrions naviguer entre les hauts et les bas, dans un environnement de plus en plus froid et humide. J&#039;ai \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 que le sentiment de retour \u00e0 la maison ainsi que les incertitudes apport\u00e9es par ces temps particuliers nous rendaient moins capables de vivre et d&#039;appr\u00e9cier v\u00e9ritablement le moment pr\u00e9sent. Soudain, le temps nous revenait \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Quand allons-nous arriver? O\u00f9 arriverons-nous ? Aurons-nous assez de nourriture, d\u2019eau, de gaz ? Quel monde allons-nous rencontrer ?<\/p>\n<p>Le futur sabote le pr\u00e9sent. J&#039;avais aussi mes propres questions priv\u00e9es. Que vais-je faire ensuite ? O\u00f9 vais-je aller ensuite ? Quand j\u2019ai commenc\u00e9 ce voyage, j\u2019ai choisi de tout laisser derri\u00e8re moi. J&#039;ai quitt\u00e9 mon travail, ma maison, j&#039;ai vendu ma voiture et la plupart de mes biens. Partir sans amarres personnelles \u00e9tait le plus grand des sentiments, mais je savais que revenir allait \u00eatre pour le moins d\u00e9routant.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me c&#039;est qu&#039;apr\u00e8s avoir fait une saison sur Tres Hombres, beaucoup de choses que vous pensiez g\u00e9niales semblent maintenant ennuyeuses, beaucoup de choses que vous pensiez vouloir, vous n&#039;en voulez plus, et parfois vous rencontrez quelqu&#039;un, il vous vole le c\u0153ur et avec c&#039;est tous les projets que vous avez pu faire auparavant. Mais \u00eatre confus, c\u2019est bien ; c&#039;est un \u00e9tat d&#039;esprit actif. Et \u00eatre vivant, c\u2019est accepter le changement et s\u2019adapter \u00e0 lui comme une feuille d\u2019automne au vent. Et si le vent est favorable, il vous y m\u00e8nera.<\/p>\n<p>Maintenant que nous avons accompli notre mission et que nous regardons ce que nous avons fait, il y a deux fa\u00e7ons de proc\u00e9der. Concr\u00e8tement, nous avons fait naviguer un navire vers les Cara\u00efbes pour r\u00e9cup\u00e9rer des marchandises et nous l&#039;avons ramen\u00e9 en Europe pour livrer des marchandises. Au total, environ 40 tonnes de cacao, de caf\u00e9, de rhum et de sucre ont \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9es. C&#039;est ce qui sera de toute fa\u00e7on inscrit \u00e0 jamais dans les documents, les factures, les journaux de bord, etc.<\/p>\n<p>Mais en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agissait d\u2019un voyage d\u2019une vie pour chaque individu qui montait \u00e0 bord de ce navire, encore plus pour ceux qui effectuaient l\u2019aller-retour complet. C\u2019\u00e9tait conflictuel, excitant, provocateur et impressionnant. Cela a suscit\u00e9 toutes sortes de pens\u00e9es et de sentiments. Cela a ouvert diff\u00e9rentes voies et possibilit\u00e9s. Cela a suscit\u00e9 de nouvelles questions et de nouveaux r\u00eaves.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Et je ne peux m&#039;emp\u00eacher de me demander quelle est la v\u00e9ritable cargaison en fin de compte, les marchandises ou les personnes. Apr\u00e8s tout, le renard a raison : l\u2019essentiel est invisible \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Donc, d\u2019une certaine mani\u00e8re, je pense que le rhum que nous transportons est simplement un moyen n\u00e9cessaire pour que ce navire puisse continuer \u00e0 naviguer et inspirer les gens. Investir dans des produits avec une telle histoire et des \u00eatres humains derri\u00e8re eux permet une croissance personnelle et des changements profonds dans la vie, rendant le monde un peu plus heureux et un peu plus sain, un voyage \u00e0 l&#039;\u00e9poque. Je dois donc remercier tous ceux qui soutiennent Fairtransport en achetant nos produits ou en donnant de leur temps et de leurs comp\u00e9tences au projet. Cela m\u2019a vraiment touch\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re que je dois encore traiter. Il existe une qualit\u00e9 unique donn\u00e9e uniquement aux choses qui demandent du temps et des efforts.<\/span><\/p>\n<p>Donc apr\u00e8s 200 kg de porridge et 176 jours de pura vida, si plus tard quelqu&#039;un me demande combien de temps a dur\u00e9 mon voyage, je dirai entre 6 mois et toute une vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>So here we are, back in Amsterdam, with an empty cargo hold, preparing for the next trip. Six months have passed since we first left Den Helder on that grey November day. I still remember the steady sound of the tugboat, like a frantic clock rushing us. 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