Cela fait maintenant 10 jours (By Clement Deroin Thevenin)

au total que nous voguons au gré du vent et du courant, dans notre quête de grand large, quittant le luxueux abri que nous offrait La Palma.

Et un peu moins de 10 jours que le compas n’indique maintenant que l’ouest devant nous.

Ça y est nous y sommes, cet océan dont on nous conte la majestuosité depuis que nous quittâmes Den Helder et qui nous tendit enfin les bras une fois passé au travers du Cap-Vert et de ses accents d’Afrique. Seul le passage de poissons volants, de nappes de plancton phosphorescent, de dauphins, de baleines et d’oiseaux de grand large ponctuent d’une brève visite de courtoisie ses flots coulants paisiblement vers les Caraïbes, où notre prochaine cargaison et le repos de chacun nous attendent patiemment, scrutant l’horizon dans l’attente de reconnaître le volume et la couleur de nos voiles, tels les proches de marins des temps jadis attendant le retour des leurs, saints et saufs au port.

Nous au contraire sommes jusqu’à l’os convaincus d’y arriver sans encombre et avons le temps de profiter de ce spectacle de vie qui se déroule comme un parchemin vide de toute encre, que notre plume légère et effilée ne fait que survoler au fur et à mesure de notre avancée dans ce no man’s land fait d’eau, ne laissant derrière elle qu’un sillage éphémère. Chacun entretient sa petite routine et échange avec les autres ses pensées, ses rêves, ses espoirs, peut-être même ses peurs ou ses craintes; à propos  de ce qui s’est passé, de ce qui se passe, de ce qu’il se passera : ici, partout, et ailleurs. Ceci, intérieurement, nous rappelle toujours où nous sommes au moment présent, comme si l’horizon que nous percevons et le ciel le surplombant n’était qu’une capsule, ou une bulle figée dans ce que l’on appellerait normalement le temps, qui n’en finirait  de rouler encore et toujours jusqu’à ce que la première terre, la première pointe de roche que nous appercevrons ne finisse par la faire éclater pour nous libérer.

Les mélodies des guitares amenées à bord se mêlent au son des vagues, des cliquetis, tintements, et craquements du navire; nous permettent évasion la journée et apaisement la nuit tombée, toujours fidèle à notre veille installée.

En fin de compte, nous ne semblons pas si différents de nos aînés qui peut-être, au moment où j’écris ces mots, nous observent et veillent sur nous depuis le firmament, nous accompagnant tout au long de notre périple. C’est souvent que je pense à eux aussi. Le jour comme la nuit, a travers les étoiles et la lune, nous rafraichissant doucement du soleil mordant des tropiques et de sa lumière dorée qui tanne et teinte nos peaux, emplissant nos yeux de couleurs que seul là où nous sommes nous aurions pu observer, de son levé à son coucher.

Maintenant un peu plus de la moitié de notre périple est derrière nous, un peu plus d’un millier de milles nous séparent de notre but et sommes ainsi toujours tous émerveillés et en même temps impatient d’arriver à bon port, afin de pouvoir finalement rayer cette étape de notre liste et pouvoir intérieurement se dire: ça y est, je l’ai fait. J’ai traversé un océan…

Ce qui venant d’un vol Paris/New-York paraît presque anodin, et qui prend tout son sens à nos yeux à bord du Tres qui lui aussi veille sur nous et nous accompagne diligemment vers le clou de notre voyage, où encore autre chose de différent, d’inconnu qu’il nous tarde de découvrir, attend sagement notre arrivée.

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